++ Le Commentaire Audio d'Eleanor BERGSTEIN ++

 
                   
 
Voici le Commentaire Audio d'Eleanor BERGSTEIN, la scénariste et co-productrice du Film Dirty Dancing. Commentaire complètement retranscrit d'après Version Originale sous-titrée.
 
 
 
 
 
 
 
Je suis Eleanor BERGSTEIN, scénariste et co-productrice de "Dirty Dancing". J'imagine que les gens qui regardent ce commentaire ont vu le film une fois, si ce n'est plus. Quand je commenterai les scènes, vous n'aurez donc aucun mal à savoir de quoi je parle.
Le film débute avec "Be My Baby". J'ai réfléchi à la musique à la musique avant d'écrire le scénario. J'ai ressorti mes vieux disques et j'ai sélectionné les morceaux qui me plaisaient, qui pour la plupart sont dans le film. Je me suis laissée porter par la musique et j'ai écrit l'histoire. J'avais déjà écrit plusieurs histoires sur le sujet, mais il a fallu dix ans pour faire ce film. Quand j'envoyais le scénario accompagné de la cassette, on me disait : "Personne n'aime cette musique. On refuse de faire ce film". Quelques années plus tard, un producteur m'a dit : "J'ai écouté ta bande, elle est usée. Tu peux me faire une copie ?" Par la suite, la bande originale est devenue un collector dans tout Los Angeles. Personne ne s'était rendu compte que ce film pouvait marcher et à notre grande joie, c'est ce qui s'est passé.
Le début du film est magnifique, mais il a fallu modifier pas mal de choses. Richard GRINBERG a fait le générique. J'avais séparé la musique en deux parties : la musique d'ados et le Dirty Dancing. La musique d'ados était celle que Baby écoutait jusqu'à trouver son propre rythme, celui du Dirty Dancing. En débutant avec une musique d'ados, le moment où on entendait le Dirty Dancing était loin et la transition était trop brusque. Il fallait donc trouver une entrée en matière.
Donc... Ce livre s'intitule "La condition difficile du paysan". Malheureusement, on le voit mal. On entend la chanson d'ados "Big Girls Don't Cry", et on devait faire comprendre au public que l'autre genre de musique arriverait plus tard dans le film, comme prévu à l'origine, mais on y reviendra... On a fait cette scène en montrant nos Dirty Dancers. On y reviendra... J'aimerais préciser que la voiture des Houseman a les plaques de mon père. Pendant toute mon enfance, on voulait que nos plaques soient immatriculées MD 601, ce qui correspondait à notre adresse, mais ce numéro était déjà attribué. Avant le tournage... Il a fallu choisir la plaque, mes parents étaient décédés, j'ai proposé MD 601. Je l'ai récupérée après le tournage et elle est sur ma bibliothèque... aujourd'hui.
  Le cadre de Kellerman's était très important pour nous car le film avait besoin d'espace pour s'épanouir. On a tourné dans deux endroits : en Caroline du Nord et en Virginie. Ici, c'est la Virginie. Ce paysage permet de montrer... combien ce monde est immense et beau. C'était très important pour nous. On a transporté les clôtures blanches d'un lieu de tournage à l'autre. Ainsi, les deux endroits étaient identiques. On a créé le Kellerman's, car il n'existait aucun endroit ressemblant.
On voit Jack WESTON arriver... Malheureusement Jack WESTON nous a quitté. Il a été merveilleux dans ce rôle. Le jour... où il devait tourner... Jack pouvait facilement changer de registre... Il disait ses répliques avec une voix chantante et légère et je me souviens lui avoir dit : "Ton personnage a donné son nom à un bureau de Poste, c'est un roi dans son domaine". Je m'étais inspirée de ces magnats de l'hôtellerie comme Paul GROSSINGER et Murray POSNER du Brickmans. Jack m'a écouté attentivement. Seule une épingle à sa cravate indiquait qu'il était le patron. Il m'a répondu : "J'ai pas besoin d'épingle." Il a enlevé son épingle de cravate et il est revenu avec la majesté et la magie qui accompagnent les rois. Il ramassait, les papiers sur son passage et ses yeux étaient sans cesse à l'affût du moindre détail à corriger sur le site. Sa performance était excellente. Comme dans ses autres films. J'aimerais donc lui rendre hommage.
 
 
 
  Dans cette scène, les clients dansent le Merengue. On a tourné en Virginie. Ce sont les premières scènes car on voulait montrer le lac. Au départ, j'avais pensé à une piscine, mais aucun endroit ne convenait. Je tenais à cette idée car l'un des premiers hôtels où noirs et blancs ont pu se baigner ensemble était celui où j'allais enfant. Avec le lac, on a dû laisser tomber, mais on montre que les serveurs vont manifester contre la ségrégation. L'été 63 a été marqué par le désir d'égalité.
Dans cette scène, la lumière est "magique". C'est magnifique. On a tourné en Virginie. Le moment où Jennifer traverse la pelouse est très important pour moi. C'est à ce moment là que débute "Time Of My Life", une des nouvelles chansons du film, qu'on a eu très tard. Jimmy LENNER s'en est occupé. Elle a été écrite par Frankie Previte et John de NICOLA. C'est une chanson magnifique.
 
Pendant les projections test, je me souviens qu'un de mes amis m'a dit qu'il ne comprenait pas pourquoi Penny était si en colère. Je lui ai répondu : "C'est pourtant clair". Puis je me suis aperçue que personne n'avait saisi la différence qui était faite entre les membres du personnel.
On entend Jack dire : "Il y a deux sortes d'employés". On a remis cette réplique dans la narration pour que le public saisisse ce système de classes établi au sein du personnel. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas l'histoire. On se rend compte de l'importance de ce genre de réplique après avoir consulté les gens. Voici le formidable Patrick. Je reviendrais sur le casting et les premières prises de Patrick, mais j'aimerais tout d'abord parler d'Emile ARDOLINO, cet ami et collaborateur très cher qui malheureusement nous a quitté.
 
 
 
 
 
Un studio a finalement accepté de faire ce film à faible coût, longtemps après mes recherches de financement. Sans résultat, je dois l'avouer. J'ai vu "He Makes Me Feel Like Dancing'", ce documentaire magnifique qui a valu un oscar à Emile. On a cherché à rencontrer Emile, mais il faisait partie d'un jury à ce moment là. On lui a envoyé le scénario et il nous a fait parvenir un message disant : "Je suis retenu au tribunal, mais ne choisissez personne d'autre. Je suis celui qu'il vous faut." A chaque fois qu'on reparlait de ça ensemble, il rougissait, mais il avait raison. C'était un metteur en scène génial de ballets cinématographiques et un homme fabuleux.
Au départ, le studio hésitait à le choisir car il était connu pour ses films de danse et les producteurs voulaient un film "audacieux".  Un matin, Emile devait prendre un petit déjeuner avec eux à Beverly Hills et je lui ai dit : "Commande quelque chose qui croustille, comme du bacon, ils verront que tu as du cran". Après l'entretien, il m'a dit : "Ca a marché".  J'ai commandé des biscuits et ça a fait du bruit. "En effet, ça a marché car il a été choisi pour faire le boulot. Et il a vraiment fait un travail formidable. Les mots me manquent pour décrire la grandeur de son travail. Il savait faire passer les émotions de la danse. J'ai trouvé ça toujours crucial plutôt que de voir des gens simplement danser, je préfère les voir ressentir les émotions que la danse procure. C'était très intéressant car on voulait que toutes les scènes de danse servent à faire avancer l'histoire. On ne voulait pas qu'elles soient isolées, on ne voulait pas les couper.  On a beaucoup discuté pendant le montage pour savoir où les couper. Il a aussi fallu parler du timing pour le bon déroulement de l'histoire.
 
A la première apparition de Johnny et de Penny, on devait choisir entre les yeux ou les genoux de Johnny. Baby se souvenait-elle... Avait-elle été conquise par ses yeux ou avait-elle d'abord remarqué sa façon de danser ? J'adore ce passage. Il fallait faire un choix. En montrant ses genoux, on ne pouvait pas montrer... ses yeux et en montrant ses yeux,  on devait faire l'impasse... sur ses genoux.
Dans cette scène, Baby et Johnny dansent merveilleusement bien . Désolée ! Penny et Johnny dansent merveilleusement bien. On voit la scène à  travers les yeux de Baby. J'étais ravie qu'on dise que le film était le reflet du regard d'une femme.